1.1.4 Croissance tumultueuse 1900-1914

1.1.4 Croissance tumultueuse 1900-1914

Croissance tumultueuse 1900-1914

Croissance tumultueuse 1900-1914

Le Havre AC, donc, mais aussi le Racing Club de Roubaix, s’avèrent alors de coriaces adversaires face à l’armada des clubs parisiens. Ces clubs sont encore issus de la zone originelle du football français. Il faut en effet attendre les premières années du XXe siècle pour voir le football partir à l’assaut de l’Hexagone. Les clubs fleurissent alors aux quatre coins du pays et des sections football sont créées dans des clubs sportifs existants. Les ligues régionales de l’USFSA se constituent et le football devient un phénomène national.

Ainsi, le 26 janvier 1902, l’hebdomadaire La Vie au grand air concède que le football mérite le titre de sport athlétique autant que le rugby tout en faisant remarquer qu’il est encore bien moins connu. On passe ainsi de quatre régions désignant un champion (Paris depuis 1894, Nord depuis 1898 et Normandie et Basse-Normandie depuis 1900) en 1902 à treize dès 1904.

France-Suisse_1905-au Parc des Princes, est le 2ème match de l'histoire de l'équipe de France.Le match France-Suisse en 1905 au Parc des Princes, est le deuxième match de l’histoire de l’équipe de France.
Point culminant de l’omnipotence de l’USFSA, 1904 marque la fondation à Paris de la Fédération internationale de football association (FIFA) malgré le refus britannique. Or, une des pierres angulaires de la FIFA est de ne reconnaître qu’une fédération par pays. L’USFSA recevait ainsi l’investiture internationale pour gérer seule le football en France.

L’équipe de France est fondée de fait en 1904 par la création de la FIFA. Notons toutefois les cinq matches internationaux disputés par la sélection USFSA face à la Belgique et l’Angleterre amateurs entre 1900 et 1904 avec une victoire française en 1900 contre la Belgique (6-2) et quatre défaites contre l’Angleterre amateurs (1900: 4-0, 1903: 8-0, 1904: 6-1 et 11-4).

Prisonnier de son environnement (1905. Loi de séparation de l’Église et de l’État marquant le summum de la guerre froide religieuse qui divise alors notre pays), le football connaît un changement d’orientation majeure en 1905 avec la montée en puissance de la Fédération de Gymnastique Sportive des Patronages de France (FGSPF) fondée en 1898. Sous l’impulsion du Dr Michaux, Charles Simon et Henri Delaunay, cette fédération regroupant les clubs sportifs mis en place au sein des patronages catholiques, décide de faire du football le sport référence.

L’Étoile des Deux Lacs, le Patronage Olier, les Bons Gars de Bordeaux ou l’Association de la jeunesse auxerroise, sont les principaux animateurs des compétitions entre patronages. Le football est le sport qui monte et l’USFSA tente encore d’en limiter l’expansion ; la FGSPF en profite pour attirer à elle toute une jeunesse avide de jouer, provoquant par contrecoup la réplique des clubs laïcs qui ne tiennent pas à abandonner aux seuls patronages le monopole du football.

En 1906, la Fédération cycliste et athlétique de France, dissidente de l’Union vélocipédique de France, doit mettre en place un championnat de France de Football, les clubs qui la composent accueillant désormais majoritairement une section football.

D’autres ligues voient le jour à Paris (la Fédération des sociétés athlétiques de France (FSAF) qui admet des clubs « pros » dès 1897!) ou en Province (FASO dans le Sud-Ouest, entre autres). Citons l’Union des Sports de France, champion pro 1897, 1898 et 1899 ou l’Union Athlétique Batignolaise, champion pro de 1902 à 1905. Ces ligues professionnelles étaient évidemment dénigrées par les sportsmen typiques de la Belle Époque. Ces championnats pros de l’époque héroïque connurent toutefois un remarquable succès populaire à Paris et bénéficiaient d’une couverture importante dans la presse.

Cercle Athlétique de Paris1913-1914(3ème-journée)

L’étude de ces compétitions aujourd’hui totalement tombées dans l’oubli reste à faire. Il est vrai que la FFFA des années 1920 fit tout pour en effacer le souvenir au nom de sa croisade anti-pro… Cette explosion du football français est très profitable à sa diffusion. Dès la saison 1905-1906, le football compte plus de 300 équipes pour quelque 3 850 joueurs alors que le rugby ne recense que 141 équipes et 2 115 joueurs. Sur la scène internationale, la position de l’USFSA se fragilise. L’Union claque même la porte de la FIFA en juin 1908. L’Union avait choisi de soutenir la candidature de la fédération dissidente anglaise (Amateur Football Association) dont le cheval de bataille était l’abolition du professionnalisme. L’omnipotente FA, membre à contrecœur de la FIFA depuis 1905, obtint aisément l’appui des autres membres (Bohème exceptée).

Devant ce développement anarchique, une première tentative d’union est testée avec la mise en place d’un Trophée de France en 1907 par le Comité français interfédéral. Groupant plusieurs fédérations, le CFI est fondé par Charles Simon le 23 mars 1907. Admis en 1908 (décision définitive en mai 1910 après de multiples recours de l’USFSA) par la FIFA comme représentant de la France au grand désespoir des dirigeants de l’USFSA, le CFI prend un ascendant déterminant sur l’Union.

Le Trophée de France oppose en fin de saison les champions des différentes ligues. L’USFSA se refuse à y prendre part. Certains clubs parisiens de l’Union se lassent alors de l’attitude bornée de leur fédération. En 1910, la Ligue de football association (LFA) est lancée par des clubs dissidents de l’USFSA comme le Red Star (Jules Rimet, président-fondateur) et le Cercle athlétique de Paris. La LFA adhère évidemment au CFI.

L’équipe de France connaît des résultats très chaotiques, en grande partie en raison de ces querelles ne permettant pas d’aligner les meilleurs joueurs du pays. Ainsi, un classement publié le 25 décembre 1909 par le bi-hebdomadaire Football et sports athlétiques place la France au 6e rang des nations continentales derrière le Danemark, la Bohème, la Hollande, la Belgique, l’Allemagne, et à égalité avec la Suisse. Le journaliste précise que l’Italie, l’Espagne et le Luxembourg ne sont pas classés car « le sport de ballon rond n’est encore qu’à l’état embryonnaire ».

Les Britanniques restent évidemment les rois du jeu et exportent leur dernière innovation : l’entraîneur. Ce nouveau maillon essentiel de la vie d’un club, interface entre l’équipe et son « propriétaire », responsable des entraînements, de la composition de l’équipe et des choix tactiques, dépossède le capitaine d’une grande partie de ses attributions et de son prestige. La grande majorité des clubs français attendra toutefois l’entre-deux-guerres et parfois même les années 1950 pour se doter d’un entraîneur. On notera, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, un fort contingent d’entraîneurs britanniques recrutés par les clubs de l’Hexagone

hac1913

Associations de faits, reconnus par le préfet puis par une fédération, les clubs de football les plus anciens profitèrent à plein de l’adoption, en 1901, de la loi sur les associations à but non lucratif. Fondés majoritairement par des pratiquants, les clubs de l’époque héroïque sont rarement dirigés par des personnes de plus de 30 ans. Très vite, la moyenne d’âge des dirigeants s’élève pour dépasser allègrement les 60 ans dès avant 1914.

Engagés dans la course au transferts, aux primes et à la victoire, les clubs voient rapidement croître leurs besoins financiers. Les premières foules entraînent déjà publicité et produits dérivés. Logiquement, ce sont de riches mécènes ou des sociétés désirant assurer leur promotion ou aider un spectacle prisé par ses ouvriers, qui prennent en main le contrôle des clubs. Ce mouvement engagé dès avant la Grande Guerre s’amplifie entre les deux guerres. Autre partenaire important du football, la presse écrite connaît une explosion de titres et une presse spécialisée apparaît, le bi-hebdomadaire Football et sports athlétiques notamment. Le football entre également massivement dans les colonnes de la presse généraliste. Voir : Football et presse écrite en France.

« La paix est faite » titre le quotidien sportif L’Auto du 5 janvier 1913. Suivant l’exemple donné en Angleterre par l’A.F.A. qui trouve un accord avec la toute puissante F.A., l’U.S.F.S.A. rejoint finalement le C.F.I. ; son champion, l’Olympique Lillois, s’adjuge d’ailleurs le Trophée de France au printemps 1914.

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