1.4 Le football français découvre le professionnalisme 1932-1939

1.4 Le football français découvre le professionnalisme 1932-1939

Le football français découvre le professionnalisme 1932-1939

Le football français découvre le professionnalisme 1932-1939

Le football français résiste au professionnalisme jusqu’en 1932. Les pères fondateurs du professionnalisme français sont Georges Bayrou, Emmanuel Gambardella et Gabriel Hanot.

Inexorable évolution, l’instauration du professionnalisme entraîne un resserrement de l’élite, nombre de clubs n’étant plus capables de suivre le rythme financier imposé. On s’arrangeait, avant 1932, pour rémunérer discrètement les joueurs ou leur trouver un emploi de complaisance. Avec l’officialisation du professionnalisme, ces pratiques restent l’apanage des clubs amateurs. Le rugby à XV, qui a tardivement admis le professionnalisme, connaît en cette fin de XXe siècle les mêmes problèmes. Ainsi, plusieurs joueurs de ballon ovale déclaraient récemment qu’ils gagnaient plus sous l’ère amateur que sous le label pro ! C’est cette « transition professionnelle » que connut le football français durant les années 1930, en pleine crise économique. Conséquence de cette situation, certains joueurs évoluent sous des pseudonymes afin de conserver leur emploi. Citons ici l’international Mercier, de son vrai nom Furois ou le juge Adolphe Touffait qui évolue au Stade rennais sous le nom de Delourme de 1933 à 1936.

L’instauration du professionnalisme en janvier 1932 ne modifie pourtant pas le cadre légal des clubs. Seule différence avec les milliers de clubs restés amateurs, les clubs pros sont des associations type 1901 autorisées par la F.F.F.A. à aligner des joueurs rémunérés. On parle de « clubs autorisés ».

Favorisant le resserrement de l’élite, l’instauration du professionnalisme coïncide avec la mise en place d’un championnat à caractère national. Face à l’émergence de ce championnat pro, les ligues régionales perdent de leur prestige, les meilleurs clubs quittant leurs championnats de Division d’Honneur (D.H.). On comprend les réticences de certains dirigeants de ligues tel Jooris à Lille.

Pas moins de 50 clubs présentent leur candidature au statut professionnel. 20 seulement sont sélectionnés. Une première division à deux groupes de dix clubs est alors mise en place (1932-33). Dès la saison suivante, 17 clubs sont admis à rejoindre les pros et une Division 2 est mise sur pied. Une Division 3 voit même le jour en 1936-1937, mais n’est pas reconduite. L’ouverture du football français au professionnalisme a pour conséquence de voir notre football rentrer de plain-pied sur le marché des transferts européens. Les joueurs britanniques, bien sûr, mais aussi ceux originaires d’Europe centrale (Autriche au premier chef) sont nombreux à rejoindre les clubs français désormais professionnels qui comptent ainsi dans leurs rangs quelques-uns des meilleurs joueurs de la planète : citons ici Rodolphe Hiden, André Abegglen et Larbi Ben Barek.

Ainsi, lors de la première édition du championnat professionnel (1932-33), sur 387 joueurs ayant le statut professionnel, 113 étaient des étrangers (29 %) ; 35 % la saison suivante. Le nombre des étrangers fut rapidement ramené à trois puis à deux (1938) par équipe afin de ne pas compromettre l’émergence de talents du cru. La presse de l’entre-deux-guerres reste étrangement en retrait vis-à-vis du football, pourtant désormais sport national. L’Auto multiplie ainsi ses unes sur le cyclisme, les courses automobiles et le rugby, négligeant clairement le football. Meilleure illustration de cet état de fait, L’Auto préféra titrer sur le Grand Prix automobile d’Italie au lendemain de la première journée du premier championnat professionnel.

Le média émergeant de l’entre-deux-guerres est la radio. Les rencontres sont couvertes en direct sur les ondes dès les années 1920 et les stations deviennent sponsors d’épreuves ou de clubs. Mais déjà se pose le délicat problème de la concurrence entre radio et affluence. Par ailleurs, la guerre des images déjà en place dès avant la Grande Guerre fait toujours rage. Elle oppose les différentes compagnies d’actualités cinématographiques. Sur la scène européenne, les clubs français sont considérés comme sérieux. La réputation de clubs comme le Red Star ou le Racing Club de Paris franchit largement les frontières. Arsenal, alors au faîte de sa gloire, accepte l’invitation annuelle des Pingouins du RCP pour disputer un match de charité. Le Racing-Arsenal devient un classique du calendrier (le plus souvent le 11 novembre, à partir de 1930) et reprend dès la fin de la Seconde Guerre mondiale.

L’entre-deux-guerres marque la fin de la prédominance parisienne sur le football national. En 1924, une équipe de province, l’Olympique de Marseille, arrache la Coupe de France à l’armada des clubs parisiens. En 1932, quatre clubs de la capitale seulement franchissent le pas du professionnalisme. Le Racing répudie le désormais RC Paris tandis que le Stade français se refuse obstinément admettre cette révolution. Le Club Français et l’US Suisse abandonnent rapidement l’élite pro à la suite de la chute vertigineuse de leurs affluences. Miné par des problèmes financiers inhérents au passage au professionnalisme et à la multiplication des longs déplacements, la guerre fauche le football professionnel alors seulement âgé de 7 ans. Un « effet Coupe du monde » avait même été noté depuis le mondial français de 1938, laissant présager d’un avenir radieux.

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