Résultats E1976

Résultats E1976

Résumé Finale Euro 1976

1976 : Le coup de l’invité surprise

euro-1976-vainqueur-trophée

Ainsi naquit la Panenka

Une égalisation de dernière minute semblait sauver l’Allemagne de l’Ouest. C’était sans compter sur le génie d’Antonín Panenka. Les Tchécoslovaques brandissent le trophée Henri Delaunay

Finale le  20 juin 1976 au Stade Crvena Zvezda, Belgrade

Finale

LP Equipe Pays Score LP Equipe Pays
TCH Tchécoslovaquie 2-2 GDR Allemagne de l’Ouest(RFA)

Tchécoslovaquie l’emporte 5-3 aux tirs au but

TCH Tchécoslovaquie tab 5-3 tab GDR Allemagne de l’Ouest(RFA)
Marián Masný 20px-but vert 20px-but vert Rainer Bonhof
Zdeněk Nehoda 20px-but vert 20px-but vert Heinz Flohe
Anton Ondruš 20px-but vert 20px-but vert Hans Bongartz
Ladislav Jurkemik 20px-but vert 20px-but-raté Uli Hoeneß
Antonín Panenka 20px-but vert

Feuille de match

  • Spectateurs: 30800
  • Arbitre: ItalieSergio Gonella
  • Buteur(s) Rép.Tchèque: Ján Švehlík 56px-Soccer_ball.svg8′, Karol Dobiaš 56px-Soccer_ball.svg25′
  • Buteur(s) Allemagne: Dieter Müller56px-Soccer_ball.svg28′,Bernd Hölzenbein56px-Soccer_ball.svg89′

Les champions en titre prennent encore un mauvais départ

Berti Vogts relance près de sa surface de réparation, Koloman Gögh évite avec habileté Sepp Maier, Zdenek Nehoda sur la droite centre et Ján Svehlík venant de loin met la balle au fond des filets.Les Allemands sont performants au milieu de terrain mais ils concèdent un autre but à cause d’une faute de Georg Schwarzenbeck sur Gögh. Le Kaiser reprend le coup franc de Marián Masny de la tête et Karol Dobias d’une frappe croisée trompe Maier.

Les Allemands ne sont pas longs à répliquer

Erich Beer est accroché alors qu’il lance Rainer Bonhof sur la droite, l’arbitre laisse jouer et le centre trouve Dieter Müller absolument seul, une reprise de volée acrobatique fait le reste. Avec les longues percées dans l’axe de Franz Beckenbauer, les Allemands sont tout près d’écraser leurs adversaires, mais c’est sans compter sur Ivo Viktor qui réalise le plus beau match de sa vie. Plus petit que la plupart des gardiens internationaux, âgé de 34 ans, il réalise des arrêts décisifs, repoussant une attaque de Heinz Flohe et une de Bonhof sur un coup franc dont il a le secret. La chance est avec lui lorsqu’un tir heurte un poteau avant de lui venir dans les bras. Il ne reste plus que quelques secondes et sa performance frôle la perfection.. C’est alors qu’il commet sa seule faute de la soirée.

Lorsque le corner tiré côté gauche par Bonhof arrive,Viktor hésite, tente de le repousser faiblement et est battu par Bernd Hölzenbein, qui le reprend de la tête au premier poteau. Le gardien s’écroule en arrière, dépité. Pour la première fois, les tirs au but vont départager deux équipes nationales lors d’une finale.Ce fut aussi tendu que tout ce qui se passa cette semaine là. Les sept premiers tirs rentrent (celui de Bonhof avec l’aide du poteau) avant que Uli Hoeness ne s’avance et ne rate le sien.

Que de regrets ! Bien qu’il ne soit pas aussi connu que Beckenbauer et Gerd Müller, Hoeness était pourtant un joueur décisif pour son club (le Bayern) et son pays, un milieu de terrain rapide qui marqua deux buts incroyables lors de la finale de la Coupe d’Europe des clubs champions en 1974. Comme tireur de penalty il ne réussissait pas toujours, en marquant un et en ratant un lors de la Coupe du monde de 1974.

Il choisit de tirer en force. « J’ai décidé de tirer fort, pour essayer de mettre la balle dans la lucarne. La balle était au-dessus et je pense qu’ils ne l’ont retrouvée que l’année dernière. Il y a eu la guerre là-bas, le stade a été détruit et ils ont trouvé le ballon ». Il n’a plus jamais joué pour la République fédérale d’Allemagne, surtout à cause de blessures (il n’avait que 24 ans).

Panenka, tira le penalty suivant. Soit il était parfaitement détendu malgré la pression, soit il était complètement perturbé, toujours est-il qu’il opte pour une petit pichenette, en plein milieu du but alors que Maier plongeait comme un fou à gauche. Le ballon eu du mal à franchir la ligne, mais cela suffit à donner aux Tchécoslovaques leur premier titre d’importance (ils avaient perdu la finale des Jeux Olympiques 56 ans plus tôt). Ils le méritaient bien, ayant battu les quatre plus fortes équipes du tournoi. Cependant, il était difficile de ne pas être déçus pour les Allemands, qui perdaient le titre sans perdre le match, spécialement pour le grand Beckenbauer qui aurait préféré une autre fin pour sa centième sélection en équipe nationale.

Le football européen entamait son déclin. Ni les Allemands ni les Néerlandais n’eurent d’équipes aussi fortes que celles de 1974. La Yougoslavie et les nouveaux champions n’étaient pas exactement au même niveau. Mais s’il s’agissait d’un adieu à l’âge d’or il fut formidable, avec beaucoup de buts, de rebondissements, de retournements de situation et à chaque fois une demi-heure supplémentaire de folie. Il n’y eut plus jamais de semaine comme celle-ci.

Antonín Panenka

Antonín Panenka a inscrit le tir au but le plus célèbre de l’Histoire pour guider les Tchèques vers le sacre à l’EURO.Un penalty d’Antonín Panenka et le Championnat d’Europe de l’UEFA allait changer pour toujours. Grâce à ce coup de patte magique, le milieu de terrain tchécoslovaque offrait le titre 1976 à son pays et faisait passer la compétition à un autre niveau aux yeux du public.

Ce geste plein d’ambition venait ponctuer un superbe tournoi, servi par quatre excellentes équipes dont les confrontations ont été quelque peu éclipsées par ce coup de patte immortel. Les Yougoslaves, en pays organisateur, accueillaient la Tchécoslovaquie, les Pays-Bas de Johan Cruyff et les tenants du titre et champions du monde, la RFA, lors d’une grande fête du football organisée pour la première fois en Europe de l’est.

Sur ces quatre équipes, les Tchécoslovaques étaient de loin ceux qui avaient le moins de chances de remporter le trophée Henri Delaunay. Entraînée par Václav Ježek et puisant sa force dans le travail et l’esprit d’équipe, la Tchécoslovaquie débutait sa campagne par une défaite 3-0 face à l’Angleterre à Wembley. Personne ne pensait qu’il s’agissait du premier match des futurs champions, mais une victoire 2-1 sur les hommes de Don Revie à Bratislava permettait aux Tchécoslovaques de se qualifier en remportant le Groupe 1.

Le Pays de Galles faisait mieux que son voisin anglais en remportant le Groupe 2 grâce à des joueurs comme John Toshack et Leighton James. Leur campagne était cependant stoppée par la Yougoslavie en quarts de finale. La Tchécoslovaquie endossait alors le costume d’outsider après sa victoire sur l’Union soviétique d’Oleh Blokhin. Ailleurs, des Néerlandais déchaînés atomisaient la défense belge (7-1), tandis que la RFA se défaisait confortablement de l’Espagne pour compléter les demi-finales.

Gerd Müller n’était plus là pour effrayer les défenses, mais son homonyme Dieter prenait sa place pour marquer un triplé décisif lors de ses débuts à Belgrade. La RFA remontait deux buts pour s’imposer 4-2 face à la Yougoslavie après prolongation. Il fallait également s’en remettre à la prolongation à Zagreb, où Johan Neeskens et Wim van Hanegem étaient tous deux expulsés lors de la défaite 3-1 face à la Tchécoslovaquie. Les Néerlandais voyaient s’envoler leurs chances de se venger de la finale perdue contre la RFA en Coupe du Monde de la FIFA 1974.

helmut-schon1Les hommes d’Helmut Schön étaient les favoris pour cette finale. Les Tchécoslovaques n’avaient pas perdu depuis 20 matches et cette défaite à Wembley, et menaient rapidement 2-0 face aux Allemands, qui répondaient par Müller et Bernd Hölzenbein à la dernière minute. Aucun but n’était marqué lors de la prolongation et la séance des tirs au but faisait sa première apparition dans un tournoi majeur.

Sept penalties réussis plus tard, Uli Hoeness tirait au-dessus. Panenka réalisait un geste jusqu’alors inconnu, attendant le plongeon de Sepp Maier avant d’envoyer le ballon au centre du but d’une petite pichenette. « Si j’avais pu le breveter, je l’aurais fait », a-t-il un jour ironisé.

Et ensuite ?

La Tchécoslovaquie ne parvenait même pas à se qualifier pour la Coupe du Monde 1978 mais elle terminait à la troisième place du Championnat d’Europe 1980, battant l’Italie 9-8 aux tirs au but avec Panenka parmi les buteurs. Sous les ordres de Jozef Vengloš cette équipe atteignait les quarts de finale du Mondial en 1990. La jeune République tchèque perdait contre l’Allemagne en finale de l’EURO ’96.

Finale

LP Equipe Pays Score LP Equipe Pays
Espagne République Tchèque 2-2 URS Allemagne

Feuille de match

  • Spectateurs :
  • Arbitre : 
  • Buteur(s) Rép.Tchèque : 56px-Soccer_ball.svg, 56px-Soccer_ball.svg
  • Buteur(s) Allemagne : 56px-Soccer_ball.svg56px-Soccer_ball.svg

 

Un penalty d’Antonín Panenka et le Championnat d’Europe de l’UEFA allait changer pour toujours.Grâce à ce coup de patte magique, le milieu de terrain tchècoslovaque offrait le titre 1976 à son pays et faisait passer la compétition à un autre niveau aux yeux du public.Des quatre équipes engagées, les Tchècoslovaques étaient de loin ceux qui avaient le moins de chances de remporter le trophée Henri Delaunay. Les Allemands d’Helmut Schön étaient les favoris. En finale, les Tchécoslovaques menaient cependant 2-0 face à la RFA, qui répondait par Dieter Müller et Bernd Hölzenbein à la dernière minute. Les tirs au but faisaient leur première apparition dans un tournoi majeur. Et quelle apparition…

Superbe tournoi

Ce geste plein d’ambition venait ponctuer un superbe tournoi, servi par quatre excellentes équipes dont les confrontations ont été quelque peu éclipsées par ce coup de patte immortel. Les Yougoslaves, en pays organisateur, accueillaient la Tchécoslovaquie, les Pays-Bas de Johan Cruyff et les tenants du titre et champions du monde, la RFA, lors d’une grande fête du football organisée pour la première fois en Europe de l’est.

Mauvais départ

Sur ces quatre équipes, les Tchècoslovaques étaient de loin ceux qui avaient le moins de chances de remporter le trophée Henri Delaunay. Entraînée par Václav Ježek et puisant sa force dans le travail et l’esprit d’équipe, la Tchécoslovaquie débutait sa campagne par une défaite 3-0 face à l’Angleterre à Wembley. Personne ne pensait qu’il s’agissait du premier match des futurs champions, mais une victoire 2-1 sur les hommes de Don Revie à Bratislava permettait aux Tchècoslovaques de se qualifier dans le Groupe 1.

Des Néerlandais déchaînés

Le Pays de Galles faisait mieux que son voisin anglais en remportant le Groupe 2 grâce à des joueurs comme John Toshack et Leighton James. Leur campagne était cependant stoppée par la Yougoslavie en quarts de finale. La Tchécoslovaquie endossait alors le costume d’outsider après sa victoire sur l’Union soviétique d’Oleh Blokhin. Ailleurs, des Néerlandais déchaînés atomisaient la défense belge (7-1), tandis que la RFA se défaisait confortablement de l’Espagne pour compléter les demi-finales.

Bons débuts

Gerd Müller n’était plus là pour effrayer les défenses, mais son homonyme Dieter prenait sa place pour marquer un triplé décisif lors de ses débuts à Belgrade. La RFA remontait deux buts pour s’imposer 4-2 face à la Yougoslavie après prolongation. Il fallait également s’en remettre à la prolongation à Zagreb, où Johan Neeskens et Wim van Hanegem étaient tous deux expulsés lors de la défaite 3-1 face à la Tchécoslovaquie. Les Néerlandais voyaient leurs chances de se venger de la finale perdue contre la RFA en Coupe du Monde de la FIFA 1974 s’envoler.

La Panenka est née

Les hommes d’Helmut Schön étaient les favoris pour cette finale. Les Tchécoslovaques n’avaient pas perdu depuis 20 matches et cette défaite à Wembley, et menaient rapidement 2-0 face aux Allemands, qui répondaient par Müller et Bernd Hölzenbein à la dernière minute. Aucun but n’était marqué lors de la prolongation et la séance des tirs au but faisait sa première apparition dans un tournoi majeur. Sept penalties réussis plus tard, Uli Hoeness tirait au-dessus. Panenka réalisait un geste jusqu’alors inconnu, attendant le plongeon de Sepp Maier avant d’envoyer le ballon au centre du but d’une petite pichenette. « Si j’avais pu le breveter, je l’aurais fait », a-t-il un jour ironisé.

1976 : la naissance de la Panenka

Nous avons assisté à de nombreuses séances de tirs au but dans les grandes compétitions mondiales, notamment en finale de Coupe du Monde de la FIFA, mais la plus célèbre restera probablement la toute première, lors de la finale du Championnat d’Europe de l’UEFA 1976. La Tchécoslovaquie, qui avait battu les Pays-Bas 3-1 en prolongations en demi-finale, se rendait à Belgrade pour rencontrer le champion européen et mondial en titre, la République fédérale d’Allemagne.

La Tchécoslovaquie menait par deux fois, et par deux fois les Allemands égalisaient, notamment avec un but à la toute dernière minute. Une demi-heure plus tard, seule la séance de tirs au but pouvait encore départager les deux équipes. Et après le quatrième tir de la RFA expédié au-dessus de la barre par Uli Hoeness, Antonín Panenka envoyait tranquillement un petit lob qui trompait Sepp Maier. Les Tchécoslovaques remportaient la séance 5 à 3.

Ce tir au but…

Après chaque séance d’entraînement, j’avais l’habitude de tirer quelques penalties avec notre gardien – on jouait pour une tablette de chocolat ou pour une bière. Et comme c’était un très bon gardien, cet arrangement finissait par me coûter cher. Alors parfois, avant de dormir, j’imaginais de nouvelles façons de le battre pour récupérer ce que j’avais perdu. Alors j’ai eu l’idée de retarder ma frappe et de simplement soulever le ballon. Je me suis dit qu’un gardien qui plonge d’un côté n’a pas le temps de changer de trajectoire en plein vol, et c’est devenu la base de ma philosophie. J’ai commencé doucement pour tester la théorie et la mettre en pratique. Le mauvais côté, c’est que j’ai commencé à prendre du poids, parce que je gagnais enfin nos paris ! J’ai commencé à le refaire en match amical, dans les championnats mineurs, et j’ai perfectionné ma technique jusqu’à pouvoir l’utiliser en match officiel. La consécration, c’est bien sûr quand je l’ai fait lors du Championnat d’Europe.

Le cauchemar de Maier…

Je ne pense pas que Sepp l’ai pris très bien. Il a été et il est peut-être toujours vexé. n’ai jamais voulu le ridiculiser. Je ne connais personne qui serait capable de se moquer de qui que ce soit lorsqu’un titre de champion d’Europe est en jeu. J’ia choisi ce penalty parce que c’était pour moi le moyen le plus simble de marquer. C’est un procédé tout simple.

Les succès tchèques…

Quand on est partis jouer la phase finale, on était considérés comme des outsiders, et personne ne s’attendait à ce qu’on gagne. Nous, les joueurs, on avait un avis un peu différent, même si on n’était pas les plus optimistes non plus. Pourtant, le fait est qu’on avait une très bonne équipe, la composition était très bonne, avec d’excellentes individualités. Il y avait un grand équilibre dans l’équipe, avec des vrais combattants, des joueurs durs sur l’homme, quelques créateurs et de bons finisseurs. Cette combinaison était idéale. Nous avions également d’excellents entraîneurs et en 20 matches, que ce soit en qualification ou dans les matches amicaux, avant le championnat d’Europe, personne ne nous avait battus. Si on considère en plus les deux matches de la phase finale, nous sommes restés invaincus pendant 22 rencontres. Cela est suffisant pour attester de la force de notre équipe.

« Une compétition, une histoire ».

Aujourd’hui, je reviens sur le Championnat d’Europe des Nations 1976, qui a vu un Tchécoslovaque offrir la victoire à sa sélection d’un geste invraisemblable qui porte désormais son nom : la Panenka.

Plus que de long discours sur la carrière d’Antonin Panenka, dont je n’ai jamais eu l’occasion de voir ne serait-ce que des vidéos, je reviens sur cette finale incroyable du Championnat d’Europe des Nations, en 1976. Ce 20 juin restera comme le jour de gloire d’un joueur au culot incroyable, qui prend le football comme un jeu et ne ressent pas la moindre pression.

La RFA, alors armada invulnérable, se présente en finale de la compétition avec le statut de grandissime favori. De l’équipe qui a réalisé le doublé Championnat d’Europe des Nations-Coupe du Monde entre 1972 et 1974, il ne manque que Gerd Müller, qui a pris sa retraite internationale. « Der Bomber » s’est fait remplacer par son homonyme, Dieter Müller, meilleur buteur de l’épreuve avec 4 réalisations. Du reste, tout le monde a répondu présent, de Sepp Maier à Berti Vogts, en passant par l’incontournable Franz Beckenbauer.

Face à eux se dresse la République Tchèque, que personne n’imaginait battre les Pays-Bas. Néanmoins, c’est bien la bande d’Antonin Panenka qui se présente face au « Kaiser », privant de revanche les finalistes malheureux du dernier Mondial, à savoir Johnny Rep, Johan Neeskens, Robert Rensenbrink et surtout Johan Cruyff. Les médias ne permettant pas une exposition comparable à ce qu’on connaît aujourd’hui, peu de gens savent qui sont ces valeureux Tchécoslovaques

Et tout le monde est étonné de les voir mener 2-0 face aux invincibles Allemands au bout de 25 minutes de jeu. Mais les coéquipiers de Beckenbauer ont une force de caractère qui leur permet de revenir au score et d’arracher le match nul à la dernière minute par l’intermédiaire de Bernd Hölzenbein.

Pour départager ces deux équipes, la seule solution était la tragique séance de tirs aux buts. Les trois premiers tireurs tchèques réalisaient un sans faute, tandis que leurs homologues allemands leur répondaient parfaitement. Quatrième joueur à se présenter face à Sepp Maier, Ladislav Jurkemik marquait à son tour. Uli Hoeness, joueur emblématique du Bayern Munich, ratait alors sa tentative.

Le score est de 4-3. Antonin Panenka a l’occasion de donner la victoire à son équipe. Face au meilleur gardien du monde, le milieu se permet un geste incroyable et encore inédit : un penalty marqué en douceur, en plein centre de la cage d’un Sepp Maier qui avait plongé à gauche. En plus d’apporter la victoire à son équipe, le joueur entrait dans l’histoire du football, donnant son nom à un des gestes les plus indécents jamais osés sur un terrain.

Pour tenter un tel tir dans un match avec un tel enjeu, il fallait en avoir ! Antonin Panenka déclarera après le match qu’il ne risquait pas grand-chose dans la mesure où les caméras de télévision n’allaient pas de l’autre côté du rideau de fer, et que de ce fait, sa façon de tirer était inconnue du camp allemand. Il n’empêche. En agissant de la sorte, il n’avait que des représailles à espérer en cas d’échec. Au lieu de cela, il rappelle à tous que le football est un lieu d’expression pour les artistes du ballon rond. Chapeau. Aujourd’hui encore, son héritage est réel, comme en témoignent les nombreux joueurs qui s’essaient à ce geste insensé.

La Tchécoslovaquie d’Antonin Panenka (1976-1980)

Dans le deuxième volet de notre rétrospective sur l’Euro et l’Europe de l’Est, nous nous intéressons aujourd’hui à la Tchécoslovaquie victorieuse de l’édition yougoslave en 1976. Talentueuse et intelligente, cette génération n’a pas su bénéficier de la renommée qu’elle méritait.

Le refrain est d’ailleurs connu. Les Tchécoslovaques mènent 4-3 au tableau d’affichage de la séance de tirs au but contre leurs adversaires ouest-allemands. Uli Hoeness s’élance. Son tir passe au-dessus de la barre transversale. Antonin Panenka possède alors le destin de la finale de l’Euro entre ses pieds. Face à lui, l’immense Sepp Maier. Dans le but d’anéantir les chances d’intervention du légendaire portier du Bayern Munich, le natif de Prague parie sur un plongeon anticipé et, en ce sens, caresse le ballon d’une pichenette astucieuse. On connaît la suite. La Tchécoslovaquie triomphe et lègue au monde du football ce geste désormais incontournable : la Panenka. Or, ne nous y trompons pas, la sélection tchécoslovaque présentait des arguments bien plus convaincants qu’une façon originale de tirer les pénaltys.

Bourreaux magnifiques du football total

La Tchécoslovaquie de 1976, c’est avant tout une discipline tactique phénoménale adaptée à des joueurs d’un très grand talent. Entraînée par Václav Ježek, technicien ayant ferraillé en Eredivisie de 1969 à 1972 (obtenant tout de même une troisième place avec le modeste ADO Den Haag), la sélection tchécoslovaque est principalement construite autour de la génération ayant émergée après le sacre du Slovan Bratislava en C2 (3-2 devant le Barça, en 1969).

Bien que comptant dans ses rangs deux titulaires de ce succès de prestige (le gardien remplaçant Alexander Vencel et le défenseur Jozef Čapkovič), la sélection nationale s’articule autour de trois jeunes pousses du club (le libéro Anton Ondruš, le stoppeur Ján Pivarník et l’ailier Marián Masný) ainsi que de deux immenses joueurs du Dukla Prague, le « vieux » Ivo Viktor (gardien européen de l’année en 1969 et régulièrement présent dans les différents classements du Ballon d’Or) et le « jeune » Zdeněk Nehoda. Deux milieux offensifs, Jozef Móder (spécialiste des corners) et Antonin Panenka (spécialiste des coups francs), complètent l’ossature d’une sélection ambitieuse, prête à en découdre avec l’Europe du football.

Le parcours éliminatoire des Tchécoslovaques est semé d’embûches : au cours de la phase de groupes, ils arrivent à se défaire sur le fil de l’Angleterre de Kevin Keegan (coachée à cette époque par « Don » Revie, figure emblématique du « Dirty » Leeds des 1960s-1970s*) avant de disposer de l’URSS d’Oleg Blokhine, fraichement élu Ballon d’Or 1975, en tour de barrage (3-0 ; 2-2).

Avec respectivement cinq et quatre buts marqués, Antonin Panenka et Zdeněk Nehoda annoncent la couleur au moment d’aborder la préparation du tournoi final. Une préparation qui mènera la Tchécoslovaquie à Paris où elle affronte la France de Michel Platini, première sélection et premier coup franc dans la lucarne. En arrachant le match nul (2-2) – non sans la complaisance de Raymond Domenech, déjà casse-cou(illes) à l’époque – la sélection tchécoslovaque sait que le chemin vers la victoire est encore long.

Euro-1976-CruyffAnton Ondruš fait face à Johan Cruyff, protégé de la pluie par l’arbitre central.

Image forte de l’Euro 1976

La phase finale de l’Euro fait la part belle aux poids lourds de l’époque : la RFA championne du monde et d’Europe en titre est là, les Pays-Bas de Johan Cruyff sont là et la Yougoslavie, toujours dangereuse, accueille la compétition. En demi-finale, à Zagreb, ce sont les finalistes malheureux du dernier Mondial qui se dressent devant les Tchécoslovaques. Contre toute attente, un grain de sable va enrayer la mécanique orange, ce football total en mouvement perpétuel si dévastateur : la tactique tchécoslovaque.

En s’évertuant à couper les courses des joueurs néerlandais plutôt que de tenter de récupérer le ballon en profitant du déchet technique de leurs adversaires, les joueurs tchécoslovaques privent Cruyff et ses coéquipiers de solutions, ceux-ci restants prisonniers de leur philosophie de jeu. Cette bataille tactique et houleuse (trois expulsions dont celle de Johan Neeskens côté batave) se solde par la qualification de la Tchécoslovaquie au bout des prolongations (3-1, buts décisifs aux 114ème et 118ème minutes).

Aux tirs au but, toujours

En finale, à Belgrade, la bande à Panenka affronte l’épouvantail de la compétition, la RFA (victorieuse 4-2 après prolongations des hôtes yougoslaves). Face aux grognards de Beckenbauer, le défi s’annonce compliqué. Et pourtant, au bout de 25 minutes de jeu, les challengers jouissent d’un confortable avantage de deux buts grâce à Ján Švehlík et Karol Dobiaš. Les Allemands de l’Ouest arrachent les prolongations à la 89ème minute et ne cèderont qu’à la séance de tirs au but (2-2, 5 t.a.b à 3), ce qui reste à l’heure actuelle le seul échec allemand dans cet exercice (en tenant compte de la réunification). Passionnante et brillante, cette finale ne sacre pas un joueur ou un geste : elle fait triompher une équipe au sommet de son talent (6 joueurs tchécoslovaques termineront dans l’équipe-type du tournoi), une équipe qui ne pourra jamais terminer plus haut.

Au cours des éliminatoires de la Coupe du monde 1978, la Tchécoslovaquie se prend les pieds dans le tapis britannique, anéantissant toutes ses chances de qualification en allant se faire rétamer au Pays de Galles (3-0) et en Ecosse (3-1), vaincue par une équipe qui ira quand même battre les Pays-Bas lors de la phase finale, emmenée par le célèbre Kenny Dalglish.

Dans son groupe de qualification pour l’Euro 1980, la Tchécoslovaquie dispose de la France et conserve alors son statut de grand d’Europe. Le format de la compétition change (apparition de 4 équipes supplémentaires et de la phase de groupes) mais pas les adversaires. La Tchécoslovaquie doit se coltiner, en plus de la Grèce, une RFA et des Pays-Bas en phase de renouvellement de génération. Après une défaite initiale contre la RFA (0-1), les Tchécoslovaques corrigent la Grèce (3-1) mais n’arrivent pas à se défaire des Oranje (1-1) pour accéder à la finale. Panenka et ses partenaires accrocheront cependant leur place sur le podium en battant chez elle l’Italie. Aux tirs au but (1-1, 9 t.a.b à 8), évidemment.

Le Championnat d’Europe de l’UEFA 1976 restera dans les annales pour l’audacieux penalty d’Antonín Panenka en finale, offrant le titre à la Tchécoslovaquie contre le champion en titre allemand. Pourtant ce tir, peut-être le plus célèbre de la compétition, aurait pu ne jamais avoir lieu sans Zdeněk Nehoda. L’ancien avant-centre du FK Dukla Praha a marqué le but de la victoire en demi-finale contre les Pays-Bas et n’a pas failli lors de la séance des tirs au but en finale. Il se souvient de l’épopée des Tchécoslovaques.Nehoda se souvient du triomphe tchèque de 76 Zdeněk Nehoda a largement aidé la Tchécoslovaquie à remporter le Championnat d’Europe de l’UEFA 1976.

L’attaquant se souvient.
Quel était votre objectif pour l’EURO ’76 ? Quand on est parti à Belgrade pour le Championnat d’Europe, on avait en tête qu’on avait rien à perdre, sachant qu’on allait jouer contre les Pays-Bas, l’Allemagne et la Yougoslavie. Ces équipes étaient bien plus fortes que nous et étaient favorites.

Que vous rappelez-vous du penalty d’Antonín Panenka en finale ?

Cette finale était particulière pour différente raison. On menait 2-0 et on a failli perdre le titre à la dernière minute, lorsque Bernd Hölzenbein a égalisé avec un peu de chance. Les prolongations n’ont été qu’une longue attente et arrivé aux tirs au but, nous étions à nouveau dans une position où nous n’avions rien à perdre. On était à bout de force et au final, on a eu un coup de pouce d’Uli Hoeness, qui a raté son tir, et Panenka a donné le titre avec ce superbe tir.

Pouvez-vous comparer l’équipe victorieuse de 1976 avec celle finaliste en 1996 ?

Je ne pense pas qu’il soit possible de comparer des équipes. Il y a de nombreuses années de différences entre ces deux équipes, après tout. Une similitude est que notre équipe s’est présentée en Angleterre en étant outsider. Et étonnamment, après des résultats médiocres en phase de groupes, elle a commencé à très bien jouer et certains joueurs ont été impressionnants, ce qui nous a aidé à aller en finale, où nous avons manqué de chance face aux Allemands.

La phase finale de l’Euro fait la part belle aux poids lourds de l’époque : la RFA championne du monde et d’Europe en titre est là, les Pays-Bas de Johan Cruyff sont là et la Yougoslavie, toujours dangereuse, accueille la compétition. En 1/2 finale, à Zagreb, ce sont les finalistes malheureux du dernier Mondial qui se dressent devant les Tchécoslovaques.

Contre toute attente, un grain de sable va enrayer la mécanique orange, ce football total en mouvement perpétuel si dévastateur : la tactique tchécoslovaque. En s’évertuant à couper les courses des joueurs néerlandais plutôt que de tenter de récupérer le ballon en profitant du déchet technique de leurs adversaires, les joueurs tchécoslovaques privent Cruyff et ses coéquipiers de solutions, ceux-ci restants prisonniers de leur philosophie de jeu. Cette bataille tactique et houleuse (trois expulsions dont celle de Johan Neeskens côté batave) se solde par la qualification de la Tchécoslovaquie au bout des prolongations (3-1, buts décisifs aux 114ème et 118ème minutes).

C’était en 1976

Antonín Panenka vole la vedette pour la Tchécoslovaquie, la RFA se console avec ses clubs, tandis le Concorde et U2 atteignent des sommets.

Vainqueur de la Coupe du Monde de la FIFA 1974, la République fédérale d’Allemagne vise un second titre au Championnat d’Europe de l’UEFA, malgré une spectaculaire équipe des Pays-Bas emmenée par Johann Cruyff. Les Oranje s’arrêteront en demi-finale, incapables de transpercer la muraille allemande composée de nombreuses stars du tout-puissant FC Bayern München. Mais après une séance de tirs au but inédite en finale, les outsiders tchécoslovaques soulèvent finalement le trophée grâce à un tir d’Antonín Panenka passé à la postérité.

Équipes

  • Vainqueur : Tchécoslovaquie
  • Finaliste : République fédérale d’Allemagne
  • Troisième : Pays-Bas
  • Quatrième : Yougoslavie
  • Meilleur buteur : Dieter Müller (RFA) 4buts

Le saviez-vous ?

Franz Beckenbauer a fêté sa 100e sélection pour la RFA en finale.

C’était aussi en 1976

  • Vainqueur de la Coupe de clubs champions européens : FC Bayern München (1-0 contre l’AS Saint-Etienne)
  • Ballon d’Or : Franz Beckenbauer (Bayern München)
  • Prix Eurovision de la chanson : Brotherhood of Man (Grande-Bretagne, « Save Your Kisses for Me »)
  • Soulier d’Or : Sotiris Kaiafas (Omonia Nicosia FC)
  • Prix Nobel de la paix : Betty Williams et Mairead Corrigan (Mouvement nord-irlandais pour la paix, Grande-Bretagne)
  • Champion olympique du 100 m : Hasely Crawford (Trinidad et Tobago, 10″06)
  • Champion du monde de Formule 1 : James Hunt (Grande-Bretagne, McLaren)
  • Champion du monde de boxe en lourds : Muhammad Ali (USA)
  • Oscar du meilleur film : « Rocky »

Dates clé

  • 21 janvier : Premier vol commercial du Concorde
  • 26 juin : La CN Tower, à Toronto, devient le plus grand bâtiment ouvert au public
  • 25 September : Le groupe U2 est créé quand le batteur Larry Mullen Jr. trouve une réponse à son annonce passée dans son école à Dublin.

 

Qualification Championnat d’Europe

France – RDA 1975

Le 12-10-1975, Leipzig (Zentralstadion)

Jean-Marc Guillou contre la RDA en 75

Spectateurs: 30000

Arbitre : M. FREDRIKSSON Erik (Suède)

R. D. Allemagne 2 – 1 (0 – 0) France

Buteurs: 0:1 Bathenay (50), reprise à la limite du hors-jeu d’un tir d’Emon repoussé par Croy.

1:1 Streich (55)

2:1 Vogel (77 p)

France :

BARATELLI Dominique (O.G.C. Nice)

JANVION Gérard (A.S. Saint-Etienne)

ADAMS Jean-Pierre (O.G.C. Nice)

TRÉSOR Marius (Olympique de Marseille)

BRACCI François (Olympique de Marseille)

MICHEL Henri 0 = (F.C. Nantes)

GALLICE Jean (Girondins de Bordeaux)

GUILLOU Jean-Marc (O.G.C. Nice)

BATHENAY Dominique (A.S. Saint-Etienne)

ROCHETEAU Dominique (A.S. Saint-Etienne)

EMON Albert (Olympique de Marseille)

R. D. Allemagne :

CROY Jürgen

WEBER Gerhard

WEISE Konrad

DÖRNER Hans-Jürgen

FRITSCHE Joachim

HÄFNER Reinhard

SCHADE Hartmut

LAUCK Reinhard

STREICH Joachim puis 75 HOFFMANN Martin

DUCKE Peter

VOGEL Eberhard

Bien qu’il reste encore un match à jouer, cette défaite élimine la France de la phase finale de la Coupe d’Europe des Nations 1976. S. Kovacs adopte un schéma de jeu en 4-4-2 avec un milieu prudent où Bathenay tient un rôle de demi défensif (contre le meneur de jeu Häfner) et Gallice d’avant-centre en retrait naviguant entre les deux surfaces de réparation. Ci-dessous, un article de Jacques Thibert paru dans son Année du Football 1976 :

Mourir à leipzig

En six semaines de temps, l’eau coule sous les ponts, et les nuages défilent dans le ciel. Quand approche le match contre la R.D.A. à Leipzig (fixé au 12 octobre 1975), beaucoup de choses ont changé depuis la victoire sur l’Islande. D’abord, Michel Hidalgo a été officiellement choisi comme successeur de Kovacs après une incertitude qui n’en était pas vraiment une. Ancien joueur professionnel dont le passage à Monaco fut sanctionné par deux titres de champion et une Coupe (doublé 1963), ancien demi porté vers l’offensive, ancien international (une sélection contre l’Italie… à l’aile gauche), Hidalgo n’a pas d’expérience d’entraîneur, mais il fait partie des sacro-saints cadres techniques de la Fédération. Adjoint de Boulogne puis de Kovacs, il a grandi et a été nourri dans le sérail. Il ne connaît pas les problèmes de club mais il connaît ceux d’une sélection.

Hidalgo, qui a refusé le « chapeauta-ge » de Batteux, s’est irrité des réticences faites à son sujet dont, indirectement la moindre n’était pas celle-ci, contenue dans un éditorial de France-Football : « Il ne nous semble pas, après les expériences que nous avons connues, que la personnalité du sélectionneur soit très importante. Aucun d’eux n’est capable de miracle. L’important, c’est donc son honnêteté, son travail et ses contacts avec les entraîneurs de clubs et les joueurs. Le meilleur sélectionneur, à nos yeux, sera le plus discret, celui qui s’intégrera le mieux à notre football. » A en croire ce jugement, c’est donc la discrétion qui va prendre le pouvoir à la tête de l’équipe de France.

Avant même d’entrer en fonction, puisque Kovacs reste en place jusqu’en décembre pour les matches de Coupe d’Europe des Nations contre la R.D.A. et la Belgique, Hidalgo précise tout de suite : « Je ne suis pas Kovacs et je ne suis pas Boulogne. Il serait ridicule d’ailleurs de chercher à les imiter. J’ai eu la chance de pouvoir bénéficier du sens de l’organisation de Georges Boulogne et des fantastiques connaissances du football de Stefan Kovacs. Maintenant, je vais essayer simplement d’être moi-même. J’estime que ma nomination au poste de sélectionneur de l’équipe de France n’est pas illogique dans la mesure où j’ai gravi un à un tous les échelons de la hiérarchie du football. On me reproche malgré tout une certaine inexpérience mais je réponds que l’on ne peut être jeune et avoir un passé. »

Ça, c’est pour Batteux lequel s’étonnait un peu plus tôt que les gens lui reprochant d’être un homme du passé soient justement ceux qui n’en avaient pas.

Ce qui a changé aussi, c’est le visage du groupe 7 éliminatoire, le nôtre. Les Allemands de l’Est ont eu, en effet, la bonne idée d’aller battre les Belges au Heysel (2-1 le 28 septembre). En conséquence, les actions des Français ont remonté en flèche. « Si nous faisons match nul à Leipzig et si nous battons les Belges au Parc le 15 novembre, nous jouerons les quarts de finale », disent les Pères La Victoire. Avec des si, on mettrait Paris en bouteille. Et si on avait dix-neuf sous pour faire vingt sous, on s’achèterait un château. En Espagne. Depuis que le championnat de France a démarré et poursuivi sa route au rythme de deux journées par semaine, les internationaux en puissance sont tombés comme des mouches. L’Equipe en fait d’ailleurs le bilan avant Leipzig : « Jamais sans doute, dans sa longue histoire, notre équipe de France, si souvent pourtant secouée par la tempête, n’a connu pareille avalanche de défections et de blessures. Comme si jusqu’au bout le football français tenait à montrer à Stefan Kovacs sa fragilité congénitale. Mais c’est quelquefois dans l’infortune que se forgent les révoltes les plus ardentes.

« Rien n’est jamais acquis à l’homme, a dit le poète, ni sa force ni sa faiblesse… » Ni sa faiblesse ! Nous contemplerons peut-être demain une équipe meurtrie, diminuée, rafistolée. Mais passive, abandonnée, résignée ? Nous ne le pensons pas. Cependant, il faudra bien, de toute façon, après ce match, aborder en face le problème de la résistance et du régime de nos footballeurs. C’est vrai qu’à l’étranger aussi, au Bayera comme en Belgique, les blessures ont tendance à se multiplier. On joue trop, pour des raisons économiques, dans les pays où règne le professionnalisme. Et quand les Coupes européennes et les sélections viennent s’ajouter au Championnat, l’organisme craque ici ou là. Et l’on voit coup sur coup Larqué, Bereta, Jodar, Huck, Jouve rejoindre à l’infirmerie Sarramagna, Lacombe, Molitor. Parmi les autres, qui sont à Leipzig, Trésor, Adams, Michel, Roche-teau tremblent à l’idée d’une aggravation de leur état.

Ça fait beaucoup, ne trouvez-vous pas ? »

Pour se mettre en jambes au cours de leur stage à Landersheim, les Tricolores ont rencontré Hambourg S.V., l’ancien club de Uwe Seeler. Match pas très palpitant (0-0) qui a permis cependant à Kovacs, au cours d’un entretien avec son ancien joueur d’Ajax Blankenburg, de situer les possibilités de Jean Gallice au poste d’avant-centre et de le titulariser contre la R.D.A.

Elle a un visage tout neuf, cette équipe de France avec Janvion au poste d’arrière droit, Bathenay au milieu de terrain et une attaque Rocheteau-Gallice-Emon. Il ne faut pas se leurrer. Ce sont les circonstances qui l’ont imposée, au grand intérêt des observateurs. Car la présence du jeune Stéphanois Bathenay, demi de défense et de devoir, athlète calme et solide, va équilibrer le milieu de terrain alors que ça n’a jamais été le cas dans le passé. Kovacs n’éprouve pas d’ailleurs, à l’époque, une grande passion pour Bathenay qu’il trouve « trop lent pour faire une carrière internationale ». Plus tard, Bathenay deviendra « le plus hollandais des joueurs français », toujours selon Kovacs.

Le seul défaut de Bathenay serait plutôt l’insouciance. Convoqué avec les Espoirs à Poitiers, il n’a pas apporté son passeport dans l’éventualité d’un voyage à Leipzig. Avisée par téléphone, sa jeune épouse lui a envoyé… le livret de famille. Il faudra une chaîne étonnante pour que le passeport en question gagne Leipzig et dédouane l’intéressé.

« Nous devrons jouer à la fois la sécurité et l’audace, annonce Kovacs à ses troupes. Question d’astuce, de clairvoyance, de bonne organisation et d’opportunisme. Avec Guillou et Michel, d’une part, avec nos deux ailiers, d’autre part, nous avons les moyens d’exploiter la moindre possibilité. N’oublions pas que la R.D.A. va se trouver confrontée pour la première fois à un problème qu’elle n’a ni l’habitude, ni l’aisance de résoudre facilement. Il va lui falloir attaquer, prendre des risques pour gagner à tout prix. D’ailleurs, voyez les deux résultats qu’elle a obtenus chez elle : deux fois match nul : 0-0 et 1-1 contre la Belgique et l’Islande. »

Cet objectif du match nul, l’équipe de France semble bien près de l’atteindre. Elle côtoie d’abord l’irrémédiable au cours d’un premier quart d’heure qui compte dans la vie d’une sélection. Mais Baratelli, le gardien niçois en superforme, endigue tous les assauts notamment le tir du libero Doerner à la septième minute.

Faisant front avec beaucoup de vaillance et de sang-froid, l’équipe de France passe le cap dangereux et se crée même deux occasions très favorables en première mi-temps par Rocheteau, échappé à la 20e minute, et par Emon à la 36e. Elle exprime rarement un jeu collectif très élaboré comme on aimerait la voir faire, mais elle combat durement, lucidement, face à un adversaire redoutable et entreprenant.

La surprise est tout de même de voir Guillou, poète parmi les poètes, matraquer allègrement toutes les jambes qui passent à sa portée. On attendait son génie et voilà qu’on découvre sa bile. On apprendra plus tard qu’un coup reçu d’entrée sur la cheville l’a exaspéré. Et que la tactique choisie par Kovacs ne l’a pas mis en position favorable. « Il y avait trop de ballons dégagés à l’aveuglette et difficilement négociables », dira le maître à jouer niçois.

Cinq minutes après le début de la seconde mi-temps, un coup de théâtre semble modifier le cours de la rencontre. Après avoir jailli de la défense tricolore, comme il le fait si souvent à Saint-Etienne, Bathenay s’élance en avant suivi d’Adams. Celui-ci sollicite alors Emon sur l’aile gauche lequel, après être entré dans la surface de réparation allemande, déclenche un tir si soudain du pied droit que Croy relâche le ballon. A la limite du hors-jeu, Bathenay surgit et ouvre le score (50e minute).

Il fallait un match nul à l’équipe de France et le destin lui offre la victoire sur un plateau. Dans les mêmes circonstances, on verrait les Italiens, les Allemandes, les Hollandais, redoubler de rigueur afin d’éviter les errements défensifs. Les joueurs de l’équipe de France, leur histoire en témoigne, ont rarement réussi à cerner cet équilibre collectif qui mène aux grandes conquêtes. Dès la 55e minute, sur un corner tiré par le gaucher Vogel, la R.D.A. égalise par Streich. Le petit Allemand, placé en embuscade, a exploité un ballon qui folâtrait. Et, au fur et à mesure que le temps passe, on devine, on craint, on sent venir la catastrophe. Elle vient, avec l’exactitude d’une feuille de contributions.

Le grand Bracci, avec ses longues jambes et ses mouvements désordonnés, ressemble à un moulin à vent, un jour de tempête.

Il n’a pas remarqué que l’arbitre suédois M. Fredriksson est exaspéré par les fautes à répétition des Français. Quand, à la 77e minute, Haef-ner se heurte à Bracci et s’étale en hurlant, c’est le penalty. « Scandaleux, révoltant, insensé », crient les Tricolores. Le pied gauche de Vogel porte le score à 2-1.

On ne saura jamais si Bracci a touché ou non Haefner. Mais ce que l’on sait, c’est que le penalty était « en situation » et qu’il sanctionnait finalement une perte de sang-froid collective.

La divergence des commentaires est énorme après cette défaite de Leipzig. « L’équipe de France a joué son meilleur match depuis que je la dirige », dit Kovacs. « L’avenir n’est pas sombre », ajoute Hidalgo. « Nous sommes sur la bonne voie », affirme l’éditorialiste de France-Football. « Ce qui s’appelle travailler pour le roi de Prusse », lit-on dans L’Equipe. Quant à Albert Batteux, il met ouvertement en cause l’utilisation faite des qualités des joueurs français. Ce n’est pas nouveau. C’est pour cela qu’on l’a mis au piquet. Une chose est sûre en tout cas : la Coupe d’Europe des Nations est terminée pour les Français, même s’il leur reste à jouer un match contre la Belgique.

Categories
  • 1914
  • Armand Thibaudeau
  • cdl le trophée du désamour
  • Paul Michaux
  • Statistiques et records du championnat
  • Trophée france football